« Comme prévu, elle finit par changer les draps, en mettant les draps souillés à la poubelle. Ensuite, elle prit longuement une douche, elle se fit belle: frous-frous et bas à dentelle sous une robe noire, très élégante. Pas de culotte. Rouge à lèvres, très rouge. Escarpins en velours noir, liséré doré. Manteau léger et carré de soie, joliment noué autour du cou. Elle s’en alla, sans regrets. »
Texte original et voix – Supernova, créatrice du podcast Déferlante
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📖 Transcription complète : "Dans leur lit"
Déferlante – podcast provocateur de plaisir.
Le retour de vacances
Pendant les vacances de Toussaint, elle avait rendu visite à sa mère. Quelques jours seulement.
Et depuis son retour, quelque chose était différent. Déjà, en ouvrant la porte d'entrée, la clef s'était coincée dans la serrure. Une fois à l'intérieur, elle avait eu ce sentiment étrange qu'elle s'était trompée de maison, et qu'elle n'était pas vraiment chez elle.
Une fois à la cuisine, son cœur fut traversé par une sorte de couteau, tellement vite et tellement fort qu'elle crut bêtement à une insuffisance cardiaque. Mais tout s'était passé si vite, un éclair à peine, qu'à la fin... elle s'était même demandée si elle ne l'avait pas rêvé, ce couteau transperçant.
Elle décida de se faire un thé, mais bizarrement, la boîte à thé n'était plus à sa place. Elle avait dû la chercher, avant de la retrouver rangée dans une autre armoire. Était-ce sa place habituelle ou l'avait-elle rêvée aussi? Pour finir, elle se laissa tomber dans le canapé au salon. Elle ferma les yeux un moment, en se disant... "je suis fatiguée".
Après un soupir, elle se vit dans le reflet de la télévision. On aurait dit le négatif d'une pellicule argentique. Elle se reconnaissait, évidemment. Mais c'était l'ombre d'elle-même, une silhouette en noir et blanc, sans relief, sans couleurs, sans vie... presque.
La deuxième jeunesse
Depuis que les enfants avaient quitté la maison, pour vivre leur vie d'adultes, tout était cosy, bien rangé, bien à sa place. Son mari avait enfin compris le principe du bac à linge. Plus rien ne traînait par terre, ni dans la chambre à coucher, ni dans la salle de bain. Elle avait même plaisanté: "tu vois que les miracles arrivent"? Il avait éclaté de rire et ce soir-là, il l'avait invitée au restaurant, pour fêter leur deuxième jeunesse, comme il avait dit. - Nous revoilà enfin seuls, dans cette grande maison, on va pouvoir faire des folies, se redécouvrir.
Elle avait adoré l'idée. Le lendemain matin, elle allait s'acheter des trucs à froufrous, des bas noirs à dentelle, et un rouge à lèvres très rouge. C'était bien, c'était joyeux, c'était léger. Ils avaient eu de fous rires, parce qu'à 50 ans et des poussières on n'a plus la mobilité, ni la résistance de la première jeunesse. Mais on a la sagesse!
Ce nouvel élan leur faisait du bien, tout de même. C'était un petit coup de fouet, romantique et lubrique. Ils avaient repris pas mal d'activités ensemble.
Par exemple, les grasses matinées du samedi matin... Ahh, il apportait le petit-déjeuner au lit, et elle faisait semblant d'être surprise à chaque fois. Malgré la routine, elle aimait bien cette petite attention. Mieux encore, très souvent le petit-déjeuner se terminait par une partie de jambes en l'air. Oh, rien d'exceptionnel, mais assez renversant pour un vieux couple, qui partage le même lit depuis 30 ans.
Le samedi après-midi, ils faisaient leur vie séparément, elle voyait les copines en ville, et lui, il partait à vélo avec les copains. Avant de se retrouver le soir, pour dîner ensemble, en ville ou chez des amis. Ses copines lui trouvaient une mine splendide, rajeunie. On l'avait taquinée sur la chirurgie esthétique. Elle avait répondu: "je suis aimée, voilà le secret!" Elle se sentait chanceuse. Et fière de ce qu'ils avaient pu construire ensemble.
Alors, le dimanche matin tôt, ils allaient le long du canal. Voir la brocante. Flâner, main dans la main. Nombre de jolies choses qu'ils avaient dénichées là-bas.
Une longue vue en ébène, avec des anneaux dorés, un très bel objet, devenu le prétexte d'une soirée où il était Pirate et elle était la Princesse qui devait être sauvée. Ils avaient ri comme des gamins, et franchement, oui! il était un peu ridicule debout sur le lit, en équilibre, à poil, queue dressée, juste vêtu d'un cache-œil de Pirate, en train de la chercher amoureusement au bout de sa longue... vue.
Une autre fois, ils avaient trouvé une toile encadrée, toute petite et simple: juste un bouquet de tulipes rouge foncé, posé sur un coin de table. On ne pouvait pas savoir depuis combien de temps, mais certaines pétales étaient fanées. Alors, quelques jours plus tard, en descendant à la cuisine, elle avait eu le plaisir de trouver un bouquet de tulipes rouge foncé, posées sur le coin de la table. C'était beau, simple, vrai. Elle l'avait embrassé de tout cœur et ce baiser-là, avait eu le goût de leur premier baiser, 30 ans auparavant. Elle était heureuse.
La découverte
Le reflet de l'écran de télévision était immobile. Elle finit par se dire: "ce serait con que je meure trop vite". Elle nota dans un coin de son esprit "prendre rendez-vous avec le cardiologue". Elle but son thé tiède et pensa: "la vie est fragile, tout de même".
Puis, doucement... tout rentra dans l'ordre. Ils étaient contents de se retrouver le soir, cuisiner et manger ensemble, parler de tout et de rien, se regarder dans les yeux, se désirer, se blottir l'un l'autre dans les bras et regarder un vieux film avec Sophia Loren.
Quelques jours plus tard, elle décida de changer les draps. Et là, penchée sur le lit, le coup de couteau revint dans son cœur. Tout aussi fort et rapide, comme un éclair.
Coincé entre les deux matelas, il y avait quelque chose: un truc satiné rose. Du bout des doigts, elle tira dessus. 3 ficelles et un triangle de tissu... insuffisant, pour appeler cela une culotte. D'un rose Barbie vomitif, typique des trentenaires à seins fermes, qui n'ont pas encore allaité.
Catatonique, elle observait seulement les réactions dans son corps et les pensées dans sa tête. Elle savait déjà que l'autre était vulgaire, bruyante, en spectacle permanent pour amuser la galerie. Une sorte de grenouille à grande bouche, juste parfaite pour avaler des bites.
Et soudain, l'envie de vomir! Son mari avait amené cette pute dans leur lit! Là où ils avaient conçu leurs enfants. Là où elle avait perdu les eaux, avant de partir dare-dare à la maternité. Là où les enfants, petits, débarquaient à l'aube avec leurs doudous et leurs tétines. Là où il avait été convalescent après son opération, et elle avait tellement pris soin de lui. Là où ils avaient chuchoté ensemble sur l'oreiller leurs rêves, leurs craintes, leurs sentiments. Là où ils s'étaient endormis collés l'un à l'autre après avoir fait l'amour.
Dans ce même foutu lit où il avait été son foutu Pirate à peine 10 jours auparavant. Mais comment était-ce possible?
Son cerveau ne comprenait pas. Son cœur refusait de l'admettre. Et pour finir, un haut-le-cœur eut raison du reste. Sur ce même lit, elle finit par vomir ses tripes. Littéralement.
En s'essuyant la bouche avec ce triangle rose-satiné, elle se posa la question: "mais quelle pute infinie peut accepter de venir se faire baiser dans le lit d'une autre femme?" Une trentenaire idiote, une pute à ficelles rose Barbie!
Quand elle eut expulsé toute son amertume, et toute sa déception, hmm... elle se sentit bizarrement légère. Étrangement sereine. Sa décision était prise, naturellement. La seule décision possible, pour ne pas perdre la tête.
La vengeance
Comme prévu, elle finit par changer les draps. Elle mit les draps souillés à la poubelle.
Ensuite, elle prit longuement une douche, elle se fit belle, froufrous et bas à dentelle sous une robe noire très élégante, sans culotte. Rouge à lèvres très rouge. Escarpins en velours noir, liséré doré. Manteau léger et carré de soie, joliment noué autour du cou. Et elle s'en alla, sans regrets.
Quand il rentra en début de soirée, dans la maison silencieuse et très bien rangée, il trouva sur la table de la cuisine impeccablement propre, une alliance en or, gravée d'une date périmée, ainsi que 3 ficelles roses et un triangle satiné... le tout posé sur un mot, élégamment manuscrit: "- Quand je reviendrai demain, tu seras parti. Pour toujours."
Après avoir lu ce petit mot, chancelant, il eut besoin de s'asseoir. Ses jambes étaient en coton. Son cœur semblait transpercé par un couteau vif. Tel un éclair, la douleur. Il resta là, assis... un long moment. Le regard absent, la tête vide.
Une heure plus tard, au moment où il allait quitter la maison, il vit que la poubelle avait été mystérieusement placée dans le vestibule, juste devant la porte d'entrée. Dedans, il y avait des draps de lit, roulés en boule, avec une odeur de vomi.
Et dessus, étaient posées la petite toile à tulipes rouge foncé et la longue vue en ébène à anneaux dorés. Machinalement, il les emporta, sans réfléchir, juste pour remplir ce vide, désormais bien trop grand.
Et comme il ne savait pas où aller, une fois sur le trottoir... il se dit que ce serait une bonne idée, tiens! d'aller rendre la jolie culotte rose à sa propriétaire.
Conclusion
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© Supernova / Déferlante - octobre 2022. Tous droits réservés. Cette œuvre (texte, voix, personnages) est la propriété de son auteur. Toute adaptation, reproduction ou représentation est soumise à autorisation préalable.



