En eaux troubles

Elle entendit la dompteuse lui ordonner:
– Ecartez bien vos bras et vos jambes, comme si vous étiez une jolie étoile de mer.
Et quand elle le fit, presque malgré elle, euuhh… une fontaine de chaleur se mit à inonder son bas-ventre. On aurait dit une fontaine de chocolat chaud, épais, visqueux qui déborde à grands blourrpss de tous les côtés.
Elle ne maitrisait rien, d’ailleurs, comment aurait-elle pu?
Texte original et voix – Supernova, créatrice du podcast Déferlante.

📖 Transcription complète : "En eaux troubles"

Déferlante, podcast provocateur de plaisir.

Introduction

Cet épisode, exclusivement féminin, vient répondre à une envie qui m'a été partagée à plusieurs reprises, le plus récemment par Lady Mime sur le groupe de discussion de notre petite page Telegram. J'aime vos envies.

Je tiens aussi à remercier chaleureusement un de nos plus fidèles auditeurs, celui qui a pris son courage à deux mains pour me proposer l'esquisse de ce scénario. Puisque ce podcast est entièrement le vôtre, j'ai fait mienne cette magnifique suggestion du décor de la piscine.

Plusieurs jours, je l'ai retourné dans ma tête, un peu comme le fil d'une pelote de laine, sur lequel il faut tirer doucement, afin de dérouler la suite de l'histoire. Bon, enfilez vos plus beaux maillots (ou pas) et allons-y pour ce nouvel épisode.

La phobie de l'eau

À trente ans, elle avait une immense phobie de l'eau. Dans son bain, tout allait bien, son corps pouvait être immergé, mais pas sa tête. En fait, c'est cela qu'elle craignait par-dessus tout. Ne plus pouvoir respirer, se retrouver prise au piège de l'eau et ne pas être capable d'en sortir. En bord de mer, elle adorait marcher pieds nus dans l'eau, mais jamais, au grand jamais, elle ne se serait aventurée dans les vagues au-delà de ses cuisses. Trop peur du courant, qui pourrait l'emporter. La perdre. La faire échouer. Elle ne savait pas nager non plus.

Les étés se ressemblaient. En vacances, toujours chercher la douche installée dehors, pour se rafraîchir. S'asseoir simplement au bord de la piscine, les pieds dans l'eau, ou sur les escaliers, un peu à l'écart, pour ne pas déranger les autres vacanciers intrépides, nageurs, impatients de plonger… la tête la première. Juste les regarder, craintive et un peu envieuse, regarder ceux qui faisaient des longueurs sous l'eau, pour ressortir de l'autre côté avec un grand splash et un mouvement très arqué de leur nuque, destiné à mettre leurs cheveux en arrière. On aurait dit une pub pour gens vraiment heureux.

La découverte

Et puis, un beau matin, dans la grisaille d'une conversation surprise dans le bus, elle entendit parler de ces cours aquatiques, dans une piscine chauffée à 38 degrés, parfaits pour guérir la phobie de l'eau et pour apprendre à nager comme un poisson dans l'eau.

En rêver langoureusement pendant quelques jours, faire rouler cette idée dans son cerveau, comme une bille colorée qui traverse la cour de récré sans rencontrer d'obstacles. En être hypnotisée. Et aller voir sur le site de cette fameuse piscine, Archimède. Et puis, sur un coup de tête, s'inscrire pour une séance découverte. Dimanche matin à 10h. Ce dimanche, là… de suite.

À 9h45, elle était devant la porte vitrée de l'immeuble, qui paraissait terne et quelconque. 4 étages à appartements, un peu de verdure autour. Rien de… Jamais, au premier regard, on n'aurait remarqué la petite plaque dorée sur laquelle il était marqué : "Piscine Archimède, cours de natation pour bébés et adultes". Oh, la sonnette avait une belle mélodie, on aurait dit un gong tibétain.

Mais… personne n'ouvrit la porte. Elle fit demi-tour pour repartir, dépitée. Et aussi, terriblement soulagée.

La dompteuse

Mais… avant même d'arriver en bas des marches, elle vit une femme entre deux âges qui se dirigeait droit vers elle. Bien droite, avec un port de tête très élégant. Elle semblait fendre l'air, glisser entre les molécules d'oxygène, de façon fluide, très fluide. Très sirène.

- Bonjour, venez, je vais ouvrir la porte. Vous êtes là pour la piscine, n'est-ce pas?
- Euh…
- Cela se lit sur votre visage, vous savez?
- Quoi donc?
- La peur de l'eau, elle vous rend le regard panique. Ne vous en faites pas, je suis là, ça va bien se passer.

Quand la porte fut grand ouverte, la Maîtresse-nageur – d'ailleurs, comment dit-on correctement? j'en sais rien, bref, moi… je l'appellerai la dompteuse, périlleux métier…

La dompteuse se mit un peu de côté, pour la laisser entrer la première. Sans avoir réellement le choix, elle se retrouva dans une sorte de couloir vestiaire, à décorations coquillages. Derrière l'énorme baie vitrée légèrement embrumée, on pouvait voir la piscine, qui n'était pas si grande à vrai dire, mais qui lui apparut énorme, si profonde, carrément engloutissante.

- Laissez vos chaussures ici, mettez vos sandales de bain, passez cette porte, et le vestiaire se trouve sur votre gauche. Prenez votre temps, je vous attendrai dans l'eau.

Panique imminente dans son bas-ventre : rien que les mots "dans l'eau" lui firent l'effet d'une noyade définitive. D'une disparition pure et simple de la surface de la terre.

Le vestiaire

Mais… elle enleva ses baskets, enfila ses sandales à crocodile, passa la porte, arriva dans le vestiaire et se déshabilla très en colère. En colère contre elle-même… M'enfin, être aussi bête, se mettre ainsi en danger? Se croire plus brave qu'elle ne l'était réellement? Quelle cruche! Comme fuir maintenant, sans perdre la face?

Son corps était tendu comme un arc, prêt à péter dans la figure de quelqu'un lorsqu'elle revint du vestiaire pour enfin pénétrer dans la grande salle, là où il y avait la piscine.

La dompteuse portait une sorte de combi de plongée, à manches courtes, dont la tirette sur le devant était très ouverte. On voyait la naissance de ses seins, qu'on devinait ronds, gros et écrasés. Bronzés, sans la marque du maillot. Son décolleté trahissait son âge, début de la cinquantaine peut-être? Ses cheveux étaient attachés dans un chignon haut, ébouriffé, retenu par une baguette en bois.

Le bord de l'eau

Elle vint s'asseoir poliment sur le bord de la piscine. Les pieds dans l'eau, oh… elle était si bonne, agréable. Caressante. Enveloppante.

La dompteuse s'approcha lentement. Et son regard noisette scrutait la panique. On avait l'impression qu'elle voulait dompter la peur, et la faire reculer au premier regard.

Quand elle fut tout près, elle lui toucha les pieds. Rien d'extraordinaire, mais… juste ses mains posées dessus…? Elle eut un frisson, une sorte d'émoi involontaire, un peu interloqué, un peu curieux… et, pour un très bref moment, elle put échapper à sa peur.

La dompteuse remonta ses bras, pour la caresser avec le dos de ses mains, lentement… le long de ses chevilles, de ses mollets, puis elle effleura ses genoux, et les mains trempées vinrent se poser bien à plat sur ses cuisses. L'eau tiède dégoulinait entre ses cuisses. C'était agréable.

En balançant doucement ses pieds dans l'eau, elle heurta le bas-ventre de la dompteuse. Frisson et embarras. Regard baissé à la va-vite. Envie de disparaître.

La dompteuse lui tendit alors les bras: - Venez dans mes bras. Laissez-vous glisser doucement.

D'abord, elle ne bougea pas, son cœur était apopléxique. - Je ne peux pas descendre dans l'eau, je ne peux pas descendre dans l'eau. Mais aucun son ne sortit de sa bouche.

À la place, son bassin avança centimètre par centimètre pour se retrouver tout au bord de la piscine. Au dernier moment, elle voulut s'agripper à quelque chose, changer d'avis, s'en aller en courant… mais le bord de la piscine était en béton beige granulé, sans aucune emprise sous ses doigts tremblants. L'eau était d'abord aux genoux, puis aux cuisses et, enfin, son sexe se retrouva dans l'eau.

La flottaison

Frissons de partout, tête en vrille, envie d'enlacer ses bras autour du cou de la dompteuse. Qui l'accueillit tout contre elle, bien serré, rassurant, enveloppant. Mais l'attraction la fit glisser comme une anguille vers le bas. Soudainement, la peur de se retrouver au fond, la panique de ne plus pouvoir respirer… elle s'accrocha tout autour de la dompteuse, comme un koala qui s'accroche à son eucalyptus. Avec le désespoir des naufragés. Avec l'espoir d'être sauvée.

La bouche de la dompteuse, tout contre son oreille, lui glissa un ordre facile à exécuter. - Allongez-vous sur l'eau. Je vous tiens. Gardez bien la tête hors de l'eau. Et c'était exactement ce qu'elle rêvait de faire : garder la tête hors de l'eau. La dompteuse avait pied, et elle n'avait pas peur.

Une de ses mains vint se placer dans le creux de son bassin, juste à la naissance des fesses, avec un tout petit mouvement caressant… ou était-ce juste une illusion? Et l'autre main, elle se posa sur sa poitrine, comme pour apaiser, comme pour aimanter. La nuque était raide, mais son entrejambe semblait désormais visqueuse.

La main posée sur sa poitrine calmait littéralement son cœur. Comme si elle tirait le frein à main de battements affolés. Comme si elle apportait plus d'oxygène. Elle faisait du bien. - Si vous pouvez, fermez les yeux.

Ce ne fut pas facile, pas facile du tout. Renoncer à la certitude visible du flottement, vue de ses propres yeux, pour accepter le doute de ses sensations, ressenties par son corps tendu. Mais la main apporta de l'eau chaude, juste un peu, qu'elle reversa sur son ventre, sur ses seins, encore et encore. Par petites doses, la main lui voulait du bien, c'était évident. Alors, elle ferma les yeux.

Elle vit soudainement des ombres violettes sous ses paupières. Des flashs de couleur, une sarabande d'éclairs… mais… heureusement, la main qui la rendait moite, trempée, docile, cette main-là savait la rassurer.

L'étoile de mer

Alors, elle écarta un peu ses cuisses pour maintenir instinctivement son équilibre sur l'eau. De son bas du dos, l'autre main était doucement remontée plus haut, en appui léger, presque rêvé ; alors, comme dans les vases communicants, son bassin se souleva aussi de lui-même, pour compenser cette absence.

La bouche de la dompteuse était désormais tout près de son oreille: - Je placerai une main sous votre nuque, et je sais… que tout le reste de votre corps flottera tout seul. Non, non, non, envie de contester, de protester. Mais… envie de se laisser faire.

Une fois arrivée sous sa nuque, la main garda une toute petite distance, quelques centimètres à peine ; alors, par réflexe, la tête se laissa glisser en arrière, pour venir se lover dedans. Cheveux trempés? bizarre. Cœur chamadé. Oreilles à moitié dans l'eau. Bruit des battements du cœur amortis par l'eau.

Elle entendit la dompteuse lui ordonner: - Écartez bien vos bras et vos jambes, comme si vous étiez une jolie étoile de mer. Et quand elle le fit, presque malgré elle, une fontaine de chaleur se mit à inonder son bas-ventre. On aurait dit une fontaine de chocolat chaud, épais, visqueux qui déborde à grands blourrpss de tous les côtés.

Elle ne maîtrisait rien ; d'ailleurs, comment aurait-elle pu? Elle se laissait enduire d'eau. Elle n'avait pas peur de couler de plaisir.

La dompteuse la faisait glisser en cercle sur l'eau, ses deux mains posées juste sous sa nuque, les paumes en creux, véritable cocon pour sa tête à moitié immergée. Ses bras flottants sur l'eau faisaient un clapotis tout autour de son corps. On la faisait reculer, les cuisses grand ouvertes, son sexe dégoulinant dans la petite vague du glissement, la bouche sèche, bras écartés, flottants.

Elle était emplie de l'intérieur par un désir immense, par une chaleur moite, et par une envie irrépressible de se laisser aller, de fondre pour devenir liquide et glisser comme une anguille entre les doigts de la dompteuse. Se poser au fond de la piscine, là où il fait si calme. Joli rêve éveillé. Juste un rêve.

La chute

La dompteuse lui glissa doucement à l'oreille: - Je vais enlever mes mains, et vous flotterez de la même façon. Oh oui, elle avait entendu chaque mot, l'un après l'autre, mais de façon assez sourde, la voix fut amortie par l'eau dans ses oreilles. Ce n'est que plus tard, peut-être 30 secondes plus tard, qu'elle comprit enfin le sens de ce qui venait d'être dit.

En effet, elle se sentit brièvement flotter, toute seule comme une grande, écartée, offerte de partout, rendue à l'eau… petit point minuscule sur l'étendue imaginaire d'un océan de désir. Et puis… la panique, nette, tranchante, un vrai piège qui se referme sans qu'on ne puisse lui échapper. Et l'eau envahissante par grosses gouttes, par litres, l'eau qui lui rentrait dans les yeux, dans la bouche, dans les oreilles…

Et ce mouvement désordonné de celle qui se noie, même dans une piscine où elle a pied partout. Et puis, les mains de la dompteuse, venues l'arracher au gouffre, la tirer vers le haut, l'envelopper d'amour, de protection et de tendresse… Puis sa bouche posée sur la sienne pour enlever ce trop-plein liquide, pour la remplir autrement, de son souffle, de sa langue, de ces mots rassurants: - Je suis là, je suis là.

Elle tremblait comme une feuille de peuplier en plein orage. La dompteuse la souleva et la fit glisser jusqu'au bord de la piscine.

Le bord

Elle put s'asseoir, exactement comme au début du cours. Les pieds dans l'eau, la panique dans le regard.

Épuisée, elle se laissa choir en arrière ; la main de la dompteuse avait doucement poussé sur sa poitrine haletante. Alors, elle obéit entièrement à cette main, la main qui sauve.

Allongée ainsi sur le dos, les pieds dans l'eau, au bord de la piscine… elle ferma les yeux. Et ne protesta même pas quand son bikini fut enlevé, en glissant dans une roulade le long de ses jambes. Chair de poule.

Puis elle sentit que ses genoux étaient placés sur les épaules de la dompteuse. Le contact, la matière de sa tenue de plongée était agréable, rassurant, anti-dérapant.

Et quand la langue de la dompteuse vint lui fourrer les entrailles, profondément, avide, remplissante, lécheuse, tire-bouchon vivant… quand ses lèvres vinrent sucer et embrasser sa vulve, du haut vers le bas et du bas vers le haut… sans hâte, mais avec cette intention de posséder, d'écarter, de remplir, de faire jouir…

Alors, elle se retrouva, une fois de plus, comme tout à l'heure sur l'eau, légère… dans ce flottement paisible, dans cette insoutenable légèreté d'être, dans la plénitude ronde d'être… la toute petite goutte insignifiante qui appartient entièrement à l'océan. La goutte sans laquelle, l'océan ne serait jamais entier.

Conclusion

Vous avez écouté Déferlante, le podcast du désir.

© Supernova / Déferlante – janvier 2022. Tous droits réservés. Cette œuvre (texte, voix, personnages) est la propriété de son auteur. Toute adaptation, reproduction ou représentation est soumise à autorisation préalable.

Vous aimerez aussi

Photo en noir et blanc, plan rapproché de quatre cocktails différents posés sur un bar. Illustration de la série érotique « Cocktails », podcast érotique Déferlante.

Cocktails – Sale bâtard

« Sale bâtard » est un cocktail au bourbon que la Comtesse adore, en souvenir de feu Monsieur le Comte. Dans un bar, elle raconte son histoire, ses regrets, ses désirs: « Giorgio était Italien. Il sentait le cuir et le marc de café. Il m’emmenait dans des

Ecoute
Photo en noir et blanc d'une jeune femme portant la main à la bouche, la tête tournée vers la caméra. Illustration de l'épisode "Gaby – Le défi (4/4)", podcast érotique Déferlante.

Gaby, le défi 4/4

A la soirée, Gaby n’avait encore trouvé personne. Faut reconnaître aussi que l’idée du défi ne l’emballait plus tellement. Ca lui semblait un peu bête, même. Et, de toute façon, elle n’avait remarqué aucun mec avec qui elle ait envie de passer la nuit. Elle

Ecoute
Photo en noir et blanc de l'inscription "love more than ever". Illustration de la série érotique "Le défi" et de l'épisode "L'idée du défi 1/4", podcast érotique Déferlante.

L’idée du défi 1/4

Puis, miracle! Un dimanche soir aux JT, la fin officielle du Covid fût annoncée partout… Et vendredi – jour merveilleux entre tous – les bars, les cafés, les restaurants, les cinémas, les théâtres, « toussa-toussa » allaient enfin rouvrir et recevoir du monde, comme avant. Sans masque,

Ecoute
Photo en noir et blanc d'une culotte en soie blanche. Illustration du projet participatif "Culotte enlevée", podcast érotique Déferlante

Léon – Culotte enlevée

Le soir du concert, nous rejoignons la salle à pied depuis l’hôtel. Elle porte une de mes tenues favorites : un haut blanc, une jupe courte, écossaise et des talons. Elle est aérienne, superbe. Je sais précisément pourquoi je suis amoureux d’elle. Récit original par

Ecoute