Désirer de loin

Au rythme de la respiration silencieuse contenue dans son prénom… une caresse progressivement s’installe, elle descend, elle glisse, elle étale sous les doigts ce liquide visqueux que le désir amène entre les cuisses.
Mais qu’est-ce que c’est, que ce binz?
Texte original et voix – Supernova, créatrice du podcast Déferlante
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📖 Transcription complète : "Désirer de loin"

Déferlante, podcast provocateur... de plaisir.

Introduction

Cet épisode, le dernier de cette année 2021, est dédié à tous ceux qui aiment très fort mais qui n'osent pas, ou qui n'osent plus. Qui désirent de loin mais sont loin d'être sûrs du désir en retour. Et à tous les jolis cœurs qui n'ont "même pas peur" de l'amour.

Bon, allons-y pour ce nouvel épisode...

La question

J'ai une question pour vous… Dans ce monde nouveau, celui de la distance et du virtuel… peut-on désirer quelqu'un réellement? Pas vraiment aimer dans le sens classique du mot, car la distance freine l'amour…

Juste désirer. Un homme inconnu, qu'on n'ose pas tutoyer, tellement il ressemble à une chimère, au Prince charmant des récits imaginaires?

Tout en sachant qu'il existe vraiment, pour du vrai, qu'il habite tout juste dans le pays d'à côté, et que… derrière son prénom, il y a un être humain. Vivant, en chair et en os. Avec un cœur qui bat. Avec une tendresse certaine, et une envie de "bien plus", mais aussi avec un manque diffus.

Une sorte de désir en bouton, on dirait une rose.

Le désir

Être une "femme libérée" et le désirer, sans autres qualificatifs. Pas d'adverbes, pas d'adjectifs. Juste le désir. Fort, un peu brut.

Ainsi désirait-elle. Ainsi LE désirait-elle. Mais elle se demandait que faire de ce désir? À quoi rimait-il? Fallait-il le suivre jusqu'au bout et retrouver cet homme pour le "baiser"?

Pas si vite. Dans le verbe "baiser" il y a d'abord des lèvres qui se posent, qui effleurent, qui embrassent. Et pour bien faire, il faut commencer par là. Par des baisers. Passionnés, avec la langue. Les yeux fermés. Des baisers à n'en plus finir, le souffle coupé. Des baisers indécents de désir…

Parfois, elle se demandait… n'était-ce pas juste cette fichue solitude du cœur qui lui jouait des mauvais tours? Puis sa réponse arrivait toute seule comme une évidence: son sexe n'en faisait qu'à sa tête quand cet homme revenait, par vagues, dans son esprit.

On aurait dit un de ces robinets design, qu'elle avait vu autrefois dans les toilettes haut de gamme de je ne sais quel restaurant gastronomique, très cher et très chic. Le genre de robinet intelligent, qui détecte votre présence, vous approchez à peine les mains, bam! il se déclenche, il vous arrose, il vous inonde de partout. Il vous enveloppe dans son étreinte liquide.

L'anticipation

Dans sa tête, pareil! Il lui suffisait de penser à son prénom, alors elle lubrifiait direct. Elle dégoulinait en abondance! Même Pavlov n'aurait pas fait mieux.

Si de surcroît elle se mettait à imaginer ses mains d'homme, caressantes de partout, alors déjà les siennes s'activaient en douceur retenue, timide… tout près du bas-ventre. Et tendrement, au rythme de son prénom, qui résonnait seulement dans sa tête, comme un écho étouffé à l'intérieur d'une grotte humide, au rythme de la respiration silencieuse contenue dans ce prénom… une caresse progressivement s'installe, elle descend, elle glisse, elle étale sous les doigts ce liquide visqueux que le désir amène entre les cuisses.

Mais qu'est-ce que c'est que ce binz?

Affolé, son esprit enverrait alors une notification imaginaire à cet homme. Sur son téléphone, à la place de… "vous avez 1 appel en absence", l'écran aurait affiché: "vous avez 1 orgasme en absence".

Sinon, au lieu de… "appels manqués", il verrait "jouissances manquées". Et les notifications viendraient s'afficher, en cascade, les unes après les autres, jour après jour, nuit après nuit.

La peur de vieillir

Parfois, toute seule, tard dans la nuit, en tête à tête avec son désir, elle se demandait si le responsable n'était pas… le temps qui passe, qui marque, qui fatigue… Cette peur de vieillir, d'oublier le plaisir.

Tiens, cette petite brioche n'était pas là auparavant, mais d'où viennent ces rides aux coins des yeux? C'était quoi, ces règles devenues si irrégulières? d'où perlaient ces sueurs nocturnes, pendant ces nuits sans rêves… dont elle se réveillait trempée de la tête aux pieds, avec l'envie rageuse de baiser sans arrêt et de jouir à en perdre la tête?

Pour à la fin, se blottir, toute nue, un peu tremblante contre cet autre corps vivant, chaud, trempé et vidé, et ainsi apprivoiser le froid?

Le langage du désir

Évidemment, elle avait appris à se méfier, non… pas des autres, mais se méfier d'elle-même. Car ses élans, bien plus amples que la moyenne polie, leur faisaient peur, de façon empirique mais systématique. Elle avait constaté que son franc-parler, même le plus ingénu, les intimidait.

Un soir, elle avait osé dire à un mec beau-parleur: "- Je t'attends, viens me baiser."

Quelques jours plus tard, il était venu, les mains fébriles, le cœur battant, la verge en étendard. Enchantement… désir, envie, érection, lubrification… soupirs! Soudainement, malgré son érection, terriblement prometteuse, il en fut mystérieusement incapable, comme si… elle lui en demandait trop, comme si… c'était trop cru, trop direct. Alors que bon! il reconnaissait être venu pour cela. Justement, pour baiser.

Les mots raffinés

Il est vrai qu'au départ, l'invitation avait été joliment emballée dans des mots raffinés, qui crissaient dans les oreilles comme un bruit de soie, toute fine et très caressante. Elle lui avait dit qu'elle voulait "une nuit à la hauteur du désir et un désir à la longueur de la nuit".

Je vous l'accorde, ça sonne bien mieux que le simple "je t'attends, viens me baiser". Qui présente néanmoins l'avantage d'ôter du chemin tous les doutes et d'ouvrir grandement la voie et les cuisses.

Tout compte fait, ils auraient fait exactement la même chose. Donner et recevoir du plaisir.

La leçon

Mais il paraît que… "Viens me baiser" contient un ton qui est donné, c'est trop ordonné, pas assez velouté. Pire encore, c'est comme si la messe était déjà dite! La chasse sans proie perd son attrait si vite et le chasseur a une mine déconfite dans le regard et à hauteur de sa bite…

Depuis cet homme-là, elle avait compris qu'elle devait suivre à la lettre les règles de savoir-vivre…

- on ne met pas ses coudes sur la table, pour se pencher en avant

- on n'ouvre pas ses cuisses à des inconnus pour se faire prendre par derrière - et surtout…

- on ne parle pas la bouche pleine de désir.

Non, le désir, comme un beau pénis, on le mâchouille doucement dans son coin, égoïstement, en cachette, on le suce bien fort, on le fait rouler en bouche contre le palais, puis avec la langue, on le cale bien contre sa joue, on le caresse de côté… bien laper à gauche, bien laper à droite… et on salive dessus comme si ce désir était un bonbon de tendresse, une sucette d'amour.

Cet homme-là lui avait appris les bonnes manières du savoir-baiser, la version moderne du "sois belle et tais-toi". Parce que "sois belle et suce-moi", voyez-vous… pour les hommes d'aujourd'hui, ce n'est pas assez glamour. Il paraît.

Ce qui est beau

Alors que, franchement, de vous à moi! c'est beau une femme qui vous suce vraiment. Dans les règles de l'art. À pleine bouche.

Une femme qui se fait belle pour vous de partout, et qui trépigne de désir, de partout.

Une femme dont l'esprit est plein à ras bord de vous, en attendant d'être pleine à ras bord de votre verge.

La question finale

Mais voilà, je reviens au point d'interrogation de départ…

Je vous demande si, dans ce monde nouveau, ce désir… qu'on ne laisse pas tomber, il est si fragile, dans ce monde de la distance et du virtuel où visiblement… être un homme libéré ce n'est pas si facile… ahhh… que faut-il en faire?

Si on est une femme qui n'a peur de rien, surtout pas des sentiments? Une femme qui choisit de ne pas cacher son désir? mais plutôt de l'afficher à contre-courant, à contre-temps et contre toute attente… devrait-elle prendre son désir en patience, grossir les rangs de celles qui ne désirent plus?

Dans ce monde… de la politesse distante entre les cœurs, ce monde du sexuellement correct et du porno facile en 3 clics… je vous demande: a-t-on encore le droit de désirer un homme?

Le désirer à l'ancienne, s'y préparer longuement… être épilée, parfumée, satinée, la vulve glissante et la bouche salivante! Le désirer avec impatience et avec rage, renversée de l'intérieur par l'envie de jouir…

De cacher son visage dans les draps, juste après l'orgasme… de frotter ses cuisses l'une contre l'autre, avant de chuchoter dans son oreille à demi-mots, à bout de souffle… "baisez-moi encore, j'aime ça".

Vraiment, c'est une simple question: dans ce monde nouveau, peut-on encore juste désirer? Un homme inconnu, qu'on n'ose même pas tutoyer, tellement il ressemble à une chimère, au Prince charmant des récits imaginaires?

Conclusion

Vous avez écouté Déferlante, le podcast du désir.

© Supernova / Déferlante – décembre 2021. Tous droits réservés. Cette œuvre (texte, voix, personnages) est la propriété de son auteur. Toute adaptation, reproduction ou représentation est soumise à autorisation préalable.

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