Cocktails – Sale bâtard

« Sale bâtard » est un cocktail au bourbon que la Comtesse adore, en souvenir de feu Monsieur le Comte. Dans un bar, elle raconte son histoire, ses regrets, ses désirs: « Giorgio était Italien. Il sentait le cuir et le marc de café. Il m’emmenait dans des chambres d’hôtel plutôt minables. Des endroits où le Comte n’aurait jamais mis les pieds. Mais j’aimais découvrir tout ça: rouler à moto, m’accrocher à son blouson en cuir, l’écouter chanter en italien. Le voir toujours souriant, toujours heureux, alors qu’il n’avait rien, vous savez… rien! »
Épisode 1 de la série audio érotique “Cocktails”.
Texte original et voix – Supernova, créatrice du podcast Déferlante.

📖 Transcription complète : "Cocktails – Sale bâtard"

Déferlante, podcast provocateur de plaisir.

Introduction

L'épisode de ce soir est un épisode-anniversaire.

(Supernova chantonne "Joyeux anniversaire" Déferlante…)

Il y a 6 ans, jour pour jour, je m'apprêtais à publier un épisode pour la toute première fois, le cœur serré, car j'avais tout appris, toute seule. Et Dieu sait que je ne suis pas du tout un esprit technique, mais plutôt créatif.

Alors, ce premier épisode - du mois de mai 2020 - s'intitulait « Le désir ». En le réécoutant aujourd'hui, je ne changerais pas un seul mot. La forme a évolué, certes. La technique, aussi. Mais le désir est toujours là : vous apporter un peu de tendresse, d'évasion. Que Déferlante soit une parenthèse douce et sensuelle « dans ce monde de brutes ».

Ce soir, le premier opus de la série audio érotique "Cocktails" ouvre une nouvelle série anniversaire, sur le thème des rencontres étonnantes et du croisement de destins, dans un décor de bar bruxellois. Le titre pourrait surprendre, mais « Sale bâtard » est un vrai cocktail. Vraiment!

Allons-y pour ce nouvel épisode.

Le barman

Derrière son bar, il était serein. À l'aise. Prêt pour affronter ce vendredi soir. Il avait travaillé comme un dingue, pour mériter cette place. Son père lui avait dit:

"- Pour réussir dans ce métier, il faut d'abord aller en Europe, dans une grande ville. Ne va pas à Paris directement, commence avec une capitale plus provinciale."

Et depuis, il en avait fait du chemin: depuis Singapour, jusqu'ici, à Bruxelles.

À Singapour, son idole était Ethan Leslie Keong, mixologue incontournable qui avait révolutionné les cocktails à Singapour. Il avait une classe incroyable: sa façon de préparer semblait simple, hypnotique. Pourtant, en bouche, ses cocktails se découvraient en explosions de saveurs, en vagues successives d'étonnement et de plaisir gustatif.

Il avait suivi ses traces, en passant des jours entiers à peaufiner ses cocktails. À se construire un style, une façon de faire, et de servir ses clients. Et depuis quelques mois seulement, on lui avait confié le nouveau créneau, celui du meilleur moment de la journée: 18h-23h… soit 5h de "prime time" à observer la mousse de la crème de la ville.

La Comtesse

Ce vendredi soir, la première à s'installer au bar fut la Comtesse, avec son chien dégarni, et ses 10 kg de bijoux hors de prix. Depuis la mort de son époux, le Manoir était loué à une chaîne hôtelière de luxe, et ça rapportait beaucoup d'argent. Elle s'était donc installée dans une suite junior dans l'hôtel. Junior, à cause du chien. Dans les autres suites, le chien n'était pas admis.

Alors, avec elle, c'était pourboire x3, au moins. Bizarrement, elle mettait un billet sur le comptoir au moment même où elle passait sa commande. Invariablement elle demandait un "Sale bâtard", en souvenir de feu Monsieur le Comte. Qui l'avait trompée sa vie durant, sans qu'elle n'ait jamais rien à redire. Infoutu de lui faire un gosse, il avait tringlé tout ce qui portait jupons. Au moins, il avait eu l'élégance de trépasser vite et discrètement, en lui laissant un chien dégarni et une fortune pharaonique.

Le portrait de la Comtesse

Derrière son bar, il la regarda poser son premier billet de 20 €.

La Comtesse devait approcher la soixantaine, mais ses traits conservaient une beauté fatiguée: celle des femmes qui ont trop attendu dans la vie. Trop pardonné, trop pleuré en silence. Son visage était fin, les yeux clairs, soulignés d'un trait irisé, à peine maquillé. Lèvres au naturel. Son sourire était souvent absent, rêveur. Elle portait ses rides comme des cicatrices de guerre: sans les cacher, sans les exhiber. Ses mains fines laissaient paraître un réseau de veines bleutées.

Sur son petit doigt, la chevalière en or massif, estampillée de la lettre G, semblait trop lourde à porter. Son élégance n'était pas un luxe : c'était une carapace.

Cette fois encore, elle commanda un "Sale bâtard".

"- De suite, Madame la Comtesse."

Concentré, il prépara le cocktail sans un mot: Bourbon, jus de citron, angostura, du soda aromatisé au gingembre et quelques feuilles de menthe, pour décorer.

Elle but une bonne gorgée, reposa le verre, puis sortit déjà un deuxième billet de sa minaudière. Visiblement, ce soir elle avait envie de parler. Il nettoya le bar d'une poussière imaginaire, prit le billet, et resta là… face à elle, comme s'il attendait qu'elle passe à nouveau commande.

Giorgio

« - Vous savez, jeune homme, je n'ai pas toujours été fidèle au Comte. Lui non plus, d'ailleurs. Mais bon! lui, il avait le droit. Moi, j'avais Giorgio. »

Elle marqua une pause, et s'empressa de finir son verre. Il était temps qu'il lui en serve un autre. À peine préparé et posé devant elle, un autre billet fit rapidement son apparition sur le bar. Pensait-elle acheter son attention ainsi? Probablement pas, trop absente au présent, plongée qu'elle était dans ses souvenirs heureux.

« - Giorgio était Italien. Il sentait le cuir et le marc de café. Il m'emmenait dans des chambres d'hôtel plutôt minables, des endroits où le Comte n'aurait jamais mis les pieds. Mais j'aimais découvrir tout ça: rouler à moto, m'accrocher à son blouson en cuir, l'écouter chanter en italien, le voir toujours souriant, toujours heureux, alors qu'il n'avait rien, vous savez… mais rien! Des fois, je glissais des billets dans la poche intérieure de sa veste, en cachette. Quand il les trouvait, il m'achetait des glaces, des fleurs ou il m'invitait à manger une pizza. J'ai souvent troqué le champagne hors de prix pour du Prosecco tiède, mais croyez-moi que j'ai toujours gagné au change. »

Elle caressa le bord de son verre.

- Et puis Giorgio, lui, il ne me demandait rien. Il me regardait comme si j'étais un miracle.

– Tu es belle, disait‑il. Juste belle.

L’amour avec Giorgio

Il ne me parlait jamais de poésie, ni de devoir conjugal. Il me prenait la main, il m'emmenait danser dans des endroits improbables de la ville. Et le soir, dans notre chambre minable, il me déshabillait comme on ouvre un cadeau précieux. Lentement. Il passait ses mains sur mon ventre, sur mes seins, et il s'arrêtait. Il attendait. Il attendait que ce soit moi qui vienne à lui. Quand je glissais ma main dans son pantalon, il fermait les yeux. Il bandait déjà, dur et chaud. Je le caressais, je le regardais frémir. Il ne disait rien. Il se laissait faire.

Puis, il me prenait debout, contre le mur. Sans un mot, mais avec passion. Juste ses mains sur mes hanches et son souffle chaud dans mon cou. Je jouissais en silence, les dents serrées, pour que les gens dans les autres chambres ne nous entendent pas. Alors que nous, on les entendait presque péter sous la couette. Au moment de jouir, Giorgio grognait doucement, comme un animal heureux.

C'était sordide. C'était magnifique. C'était une vie qui m'était totalement étrangère. Une vie vivante, voilà!

Le canal

Elle but une nouvelle gorgée, avant de continuer:

"- Une fois, il m'a emmenée sur le quai du canal, là où les péniches viennent s'amarrer. La nuit était fraîche, le ciel étoilé. Et sur une des péniches, il y avait un panier avec du vin rouge, des tomates cerises, du fromage et du pain frais. Et une couverture, un peu rêche. On a bu le vin directement à la bouteille, on a parlé, on a ri… Ce repas valait la plupart des restaurants gastronomiques où le Comte avait demandé ma présence.

Giorgio, ce soir-là, m'a regardée, vraiment regardée… Il a souri et il a dit : “Enlève ta robe.” J'ai obéi, sans un mot. Il m'a embrassée longuement, puis il est descendu, il a écarté mes cuisses, et il m'a léchée comme si j'étais une offrande. L'eau du canal clapotait doucement. J'ai joui en criant son nom, et même les grillons se sont tus. C'est la seule fois de ma vie où je me suis sentie vraiment désirée.

Après l'amour, Giorgio ne se levait pas. Il restait là, son corps collé au mien, sa main posée sur mon ventre. Parfois, il embrassait mes épaules, sans rien dire. C'était sa façon de me dire “je suis là”.

Alors que le Comte, lui, se levait toujours le premier, une fois son devoir accompli.

Le Comte au lit

Quand elle sortit un quatrième billet, le barman mit devant elle un grand verre en cristal, rempli d'eau fraîche, légèrement citronnée, un seul glaçon. Parler autant, quand on n'a plus l'habitude, ça donne soif.

- Pourquoi je ne l'ai pas quitté, vous demandez‑vous ? Parce que le Comte, au-delà de sa fortune… eh bien, au lit, c'était un Dieu. Une verge magnifique, un savoir‑faire exquis, un vrai style… Aucune femme n'est indifférente à ça.

Dommage qu'il faisait preuve d'autant de largesses: tout ce qui portait jupons en profitait. Il traitait les femmes d'une drôle de façon, vous savez - à sa façon - mais au fond, il avait raison.

Une petite secrétaire avait droit aux chocolats fourrés et au bouquet de fleurs (à-peu-près tout ce dont elle rêvait) avant de se faire prendre en levrette, la culotte coincée aux chevilles. Fourrés pour fourrée, elle était en train de voir défiler sa vie devant ses yeux, tellement Monsieur de Comte y allait droit au but.

Une marquise - ah oui, parce qu'il avait aussi niqué ma meilleure amie, Hélène de Montjoie, c'est dire, la trahison! - eh bien, une marquise… elle avait droit au traitement "putain de luxe". A genoux, devant lui, elle devait sucer d'abord, et surtout… tout bien avaler, jusqu'à la dernière goutte. Puis, se faire prendre par derrière pour finir le cul en feu, tellement qu'elle se prenait des claques sonores. Mais elle aimait ça, vous savez. Elle avait naturellement le feu aux fesses. Dieu merci, elle n'a pas osé venir à l'enterrement. Il paraît qu'elle vit à Monaco, depuis.

Le devoir conjugal

Et moi, j'avais droit à quoi alors? Ah, moi… quand il devait accomplir son devoir conjugal, soit tous les samedis matins à 10h, qu'il pleuve, qu'il neige… c'était la version: "Madonne presque vierge".

On avait rendez-vous dans la chambre conjugale (car oui, on faisait chambre à part) et on prenait le petit-déjeuner au lit, avec pétales de roses partout et tendresses poétiques: j'avais droit à de la poésie, moi! Puis, en missionnaire, chevilles bien calées sur ses épaules, il me fourrait au rythme des quatrains. Il déclamait à haute voix, dans un registre baryton, qui me mettait… en chaleur. J'aimais ça, son rythme était bon. Il savait me faire grimper aux rideaux plusieurs fois d'affilée.

Pourtant, toute cette poésie ne m'a jamais donné un fils, vous savez?

L’enfant

« - Alors, quand je suis tombée enceinte, Giorgio était fou de joie! Moi, je n'y croyais plus, c'était une grossesse sur le tard. Puis, vers le 7e mois de la grossesse, Giorgio a disparu, du jour au lendemain. J'ai préféré croire qu'il était parti, fatigué de m'attendre. J'étais incapable de choisir parmi les deux vies qui m'étaient possibles.

Quand j'ai accouché, le Comte a dit: "il n'y a pas de place pour cet enfant ici". J'aurais dû partir sur le champ, je le sais aujourd'hui. Mais, sans Giorgio, j'avais peur de la vraie vie, vous comprenez? Peur de finir mes jours dans un pavillon de banlieue, à me demander si j'avais bien choisi. J'avais peur que la belle vie, les bijoux, même le Comte volage finissent par me manquer. Alors, l'enfant… mon enfant a été donné pour adoption.

Après le trépas du Comte, un détective m'a contactée. Il paraît qu'à l'époque, il aurait versé à Giorgio une grosse somme. Un chèque en blanc, pour qu'il disparaisse. Et Giorgio aurait pris l'argent. Mais je n'y ai pas cru, non! Aux dernières nouvelles, Giorgio serait quelque part très loin, dans un pays exotique. Son enfant, je ne sais pas… Je n'en sais rien. »

Elle vida son verre d'eau, prit sa minaudière, et se leva.

Leo

"- Oh, mais c'est quoi votre prénom?"

"- Leo, en fait Leonardo."

"- Vous êtes italien? comme c'est étonnant! Vous me rappelez énormément mon Giorgio. Vous avez de belles mains, comme lui. Et le même sourire mystérieux."

Elle tourna les talons, laissant sur le comptoir un dernier billet de 20 €.

Il la regarda s'éloigner, le cœur un peu serré. "Giorgio" c'était le prénom de son père.

Il rangea le verre vide laissé par la Comtesse, essuya le bar, inspira profondément, et se tourna vers le client suivant.

Conclusion

Merci d'avoir écouté Déferlante, le podcast de vos désirs.

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Quant à moi, je vous donne rendez-vous dans 15 jours pour la suite de cette série "Cocktails". Et le prochain cocktail sera… "Le Boschman".

© Supernova / Déferlante – mai 2026. Tous droits réservés. Cette œuvre (texte, voix, personnages) est la propriété de son auteur. Toute adaptation, reproduction ou représentation est soumise à autorisation préalable.

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